Mondialisation et diversité culturelle

La mondialisation culturelle traduit une guerre invisible. Son rôle est d’imposer à une population un mode de vie qui arrache les individus à leur valeurs patrimoniales. Ainsi, les traditions locales, nationales ou autres formes d’enracinement se mélangent à une culture commune au détriment de la diversité culturelle.

Dans divers contextes historiques, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, la société de consommation commence à se développer. Dans son dossier sur le modèle américain, Emily S. Rosenberg, professeur d’histoire à l’Université de Californie explique la réussite de ces méthodes avec la production industrielle de masse et les techniques de psychologie mises en œuvre par les nouveaux supports médiatiques. Les États-Unis, en tant que superpuissance économique, imposent un mode de vie avec leur modèle de consommation. D’abord avec l’industrie agroalimentaire qui se développe partout dans le monde, et dans l’industrie culturelle, avec le cinéma, le sport et la musique. Ils ont su profiter des moyens de communication pour diffuser une culture mondiale américanisée. Dès le XIXe siècle, ils ont joué un rôle de pionniers à travers l’utilisation de la radio, de la télévision et d’Internet. Grâce à cela, ils ont réussi à rendre hybride la culture de l’Europe occidentale. Cette culture mondialisée comporte un risque, celui d’arriver à des pratiques culturelles uniformisées. À la fin des années 1980, l’écrivain économiste David Harvey critique l’arrivée du postmodernisme dans son livre The Condition of Postmodernity. Dans son ouvrage, il fait référence à un ordre de culture, non loin de rappeler la réflexion de Christopher Larsh, dans la culture de masse. Il explique ceci : « Au sein du capitalisme fordiste s’était développé un ordre culturel “ standardisé “, largement commercialisé, qui avait pour mission, à travers les médias et la publicité, d’assurer la correspondance entre production et consommation de masse. »

Devant cette marée de la culture mondialisée qui frappe l’Europe occidentale, nous observons de fortes revendications visant à lui faire barrage. L’État français cherche à favoriser la production culturelle nationale. La culture n’est pas un produit comme les autres, que nous pouvons simplement produire, breveter avec la signature « bleu, blanc, rouge » et associer à aux valeurs françaises. Il est important de pouvoir laisser le temps et la liberté à notre société, afin de se développer ou de se renouveler. Dans le cas du cinéma, nous cherchons aujourd’hui à placer des quotas de production par la taxation. Cet argent provenant de l’une des premières taxes du CNC, créé en 1948, porte sur les entrées en salles. Il correspond à 10,7 % du prix de chaque entrée. Cet argent est réinjecté pour financer des fonds de soutien à la création culturelle nationale.

Malgré cette uniformisation de la culture, la diversité culturelle reste à but premier. Elle est l’une des missions premières de l’UNESCO, malgré des modes de consommation qui remplacent certaines traditions. Le souhait de l’organisme international est de défendre une grande diversité linguistique, religieuse et patrimoniale sur la planète, et de laisser la place à d’autres cultures. Dans sa déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001, l’UNESCO réaffirme dans l’article 10 : « de renforcer la coopération et la solidarité internationales destinées à permettre à tous les pays, en particulier aux pays en développement et aux pays en transition, de mettre en place des industries culturelles viables et compétitives sur les plans national et international. » Malgré l’uniformisation de la culture dans les modes de vie et les valeurs communes, la mondialisation ne remet pas en cause la diversité culturelle. Le continent africain est un bon exemple avec ces civilisations africaines et islamiques qui coexistent.

Pour avoir une vue d’ensemble de la mondialisation, Olivier Passet, directeur des synthèses de Xerfi, définit cette dernière selon trois phases. Tout d’abord, après la Seconde Guerre mondiale, le GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) de 1947 a apporté la libéralisation du monde. Pendant les années 1980, la financiarisation se déclenche. Ainsi, nous avons assisté à l’explosion des transactions financières à travers le monde. À partir des années 2000, la digitalisation rentre en marche.

Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) sont arrivés avec un objectif : celui d’être le nouvel intermédiaire de l’ère numérique. Là où vous êtes jusqu’à là où je suis, nous pouvons être connectés, partager et réagir sur l’ensemble du monde. Cette emprise qui est arrivée sur nos ordinateurs nous a poussé à acheter des smartphones pour être de plus en plus libres. Le téléphone, qui initialement répondait à un seul usage, et devenu une interface multifonctionnelle. Nous pouvons désormais acheter ou regarder du contenu sur des plateformes américaines. Grâce à leur maîtrise des données personnelles et des algorithmes, ils influencent nos habitudes de consommation, mais aussi l’ensemble de nos habitudes concernant l’information, et vont jusqu’à s’immiscer dans le vote électoral. De ce fait, l’évolution du numérique a entraîné une chute des revenus dans les médias classiques et l’État français a décidé de prendre cette situation en mains. L’assemblée nationale a décidé d’adopter le projet de loi du 11 juillet 2019 et de taxer les géants du numérique . Le projet de loi doit imposer ces derniers à hauteur de 3 % du chiffre d’affaires réalisé en France, notamment sur leurs actions en matière de publicité ciblée en ligne, la vente de données à des fins publicitaires et la mise en relation des internautes par les plateformes. Ce dispositif est censé rapporter 400 millions d’euros à l’État français. Actuellement, ce projet de loi n’est pas en action. D’abord confirmé par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, le président Donald Trump a vivement menacé d’appliquer de lourdes sanctions commerciales. Par conséquent, un véritable bras de fer commence au nom de la mondialisation culturelle.

Extrait du mémoire: “Comment le numérique redessine la culture populaire”

S. Rosenberg, E. (2009, avril 1). Le « modèle américain » de la consommation de masse.

 

Mattelart, T. (2008). Les théories de la mondialisation culturelle : des théories de la diversité. Hermès, La Revue, 51(2), 17–22.

 

(« Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle: UNESCO », 2001)

 

Girard, L. (2019, juillet 12). Le Parlement adopte définitivement la « taxe GAFA », contestée par les Etats-Unis. Consulté le 18 février 2020