Les valeurs de la culture

les valeurs de la culture illustration

La première difficulté de ce concept réside dans la diversité des thématiques qui composent la notion de culture. Au-delà des sciences sociales, comment définir le trait commun qui s’unifie dans cette même discipline ? Ses valeurs, dans le domaine de la sociologie, de l’anthropologie, du patrimoine et de la communication, rassemblent des notions distinctes. Afin de définir la culture, nous nous attarderons sur les différentes facettes actuelles qui la composent. 

Approche sociologique :

En sociologie, la culture a toujours eu une place importante dans les débats. Le fait qu’elle soit représentée dans les mouvements sociaux lui confère une dimension intemporelle, mais néanmoins changeante selon les époques. La culture a été décryptée et étudiée, notamment en Angleterre, avec les « Cultural Studies ». Le courant de recherche sociologique anglophone, développé à l’université de Birmingham à partir des années 1960, a vu des sociologues et professeurs comme Richard Hoggart, Edward P. Thompson ou Stuart Hall apporter un intérêt particulier aux cultures vécues et s’intéresser aux cultures nouvelles. Nous pouvons alors parler de pluralité. Il est important de ne pas oublier d’évoquer l’aspect multiple de la culture dans mes écrits. Comme l’explique Edward Thompson dans The Long Revolution, il y a « des cultures » et non « une culture ». Sa force reste sa définition plurielle et l’erreur serait de l’enfermer dans une doctrine singulière, en mettant de côté les luttes sociales qui ont constitué ce mode de vie culturel.

Approche anthropologique :

citation de Antonio Gramsci dans son livre cahier de prison

 

Dans la culture, nous retrouvons des valeurs anthropologiques, car sa première valeur est de rassembler ; elle forme des groupes humains, unis par un courant de pensée. Nous avons brièvement évoqué le rapport à la domination. Lorsqu’un groupe cherche à fuir la pression sociale d’une idéologie dominante, il cherche à s’affirmer. De cette manière, les individus se rassemblent, afin de produire et développer leur propre idéologie, et faire barrage à la culture dite « supérieure ». Les personnes à l’écart de cette vision dominante, qui cherchent à fuir un certain sens commun, voient alors une seconde porte de sortie. La valeur anthropologique de la culture réside dans ces phénomènes de société. Dans son livre Cahier de prison, Anthonio Gramsci aborde l’idéologie dans la culture en ces termes : 

« les idéologies auparavant en germe deviennent un “ parti “, entrent en lutte et en conflit, jusqu’à ce que l’un d’entre eux ou au moins une combinaison de plusieurs d’entre eux tendent à prévaloir, à prendre le dessus, à se propager à travers la société… ». 

L’anthropologie culturelle part de la supposition que la culture est répartie dans la société. Cette vision est partagée, notamment dans la revue franco-allemande de sciences humaines et sociales. La culture dite « générale » et la culture « quotidienne » constituent un ensemble, qui englobe le savoir du quotidien, les sous-cultures, les contre-cultures et les cultures de groupes. 

Approche patrimoniale :

Lorsque l’idéologie culturelle est née, les hommes reçoivent un héritage et dans ce sens un devoir de transmission à la génération suivante né. Ainsi, la culture a une valeur patrimoniale. L’incendie de la cathédrale Notre-Dame est un bon exemple pour illustrer la relation qui existe entre la culture et le patrimoine. Le patrimoine culturel est ancré dans notre histoire commune. Nous n’allons pas chaque jour dans nos monuments pour prouver notre amour à la culture française. Néanmoins, lorsqu’un phénomène ravage ces monuments et anéantit des siècles d’histoire, il nous prive de l’un de nos joyaux culturels. Sur le coup, nous sommes blessés par la tragédie. Les monuments ne nous appartiennent pas, mais ils sont dans nos esprits des figures du rayonnement d’une culture et sont considérés voir inconsciemment comme étant un patrimoine choisi. Nous ne sommes pas les propriétaires légaux de la cathédrale, mais cette dernière fait partie de notre histoire commune. Si nous doutions encore de l’attachement des français à leur patrimoine culturel, il suffit de regarder le succès grandiloquent des journées du patrimoine en France avant la pandémie du COVID-19. Chaque année, des milliers de citoyens profitent de cette journée pour découvrir l’histoire française et se reconnecter à notre culture patrimoniale. Selon l’UNESCO (l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), le patrimoine culturel regroupe le patrimoine matériel (peintures, sculptures et monuments historiques) et le patrimoine immatériel. Nos expressions et traditions oratoires dans les dialectes locaux (patois, basque, etc.) héritées de nos ancêtres et seront parfois transmises à nos descendants. La société dispose d’une culture propre, dont la transmission se fait au fil du temps.

Approche communicationnelle :

la culture à une valeur communicationnelle


Ce devoir de transmission nous amène à la dernière valeur qui compose la culture, à savoir, la communication. Une pratique peut devenir une véritable culture grâce à ses messages et sa représentation. À travers elle, nous mettons le doigt sur un problème en société. Mais à travers sa communication, nous pouvons rassembler les différences sociales sous la coupe de la pratique culturelle. Le cas du rap en France est un parfait exemple : les premiers rappeurs français provenaient de la banlieue. Dans cette banlieue, les musiques afro-américaines étaient une source d’inspiration. Pendant de nombreuses années, la France a entretenu un rapport ambivalent avec la musique provenant des États-Unis. Peu de disques appartenant au genre funk, soul ou R&B ont été distribués. Le public préférait le style music-hall, dans lequel les paroliers gardaient une place intégrante. À partir de 1990, avec la révolte des banlieues, des personnes ont mis en scène la situation de l’époque. Ces dernières étaient des rappeurs, qui illustraient avec leurs textes cette situation dans les médias. La télévision comme média standard n‘a pas cherché à donner la parole aux artistes mais aux hommes de la banlieue. A titre d’exemple le débat entre NTM et Eric Raoult dans le monde de Léa. Inconsciemment, sans véritable le vouloir les confrontations parfois très véhémente sur les plateaux TV à l’égard des rappeurs on ouvert la porte à la culture du hip-hop. Au point de perdurer pour créer ces propres outils de communication. Les radios qui ne souhaitaient pas diffuser de rap, de peur de faire fuir les annonceurs, ont vu de nouvelles radios pirate apparaître et s’adresser à un nouveau public. Cette démocratisation culturelle a permis de créer l’identité d’une communauté, comme le décrit Jean Caune : « la culture est source de socialisation et d’identification. »

Cette définition nous permet de garder en tête les valeurs précédemment citées. La culture entraîne des débats sociologiques, rassemble, et a pour objectif de s’élever et d’être sublimée, à l’occasion de la rencontre des foules qui partagent une idéologie. Avancer contre un discours dominant porte la démocratisation culturelle et contribue à l’élargissement du public. Cet accroissement du public ne cherche plus à rassembler les inégalités sociétales, mais à profiter d’une évolution accompagnée d’un intérêt nouveau, celui du « populaire ».


À quoi sert la culture ?

Dans le cadre de ces recherches en sciences sociales et des discussions qui ont développé la notion de culture, nous pouvons nous poser la question suivante : à quoi sert la culture ? Elle est un phénomène mouvant selon l’histoire, elle a une multitude de significations très différentes d’un pays à l’autre, et elle est sujette à des changements considérables. Durant ces mutations, elle garde un atout majeur, celui d’une autorité spirituelle. Dans l’éducation, les sciences, la religion, le patrimoine ou les arts, il est nécessaire de se nourrir de culture, afin de témoigner son intégration à la société en tant que personne cultivée. Elle nous permet de représenter des idées, en véhiculant des croyances et de nouvelles connaissances. La culture nous construit des institutions, des ministères, des musées qui existent par sa représentation. Elle est un lien social ; elle lie les personnes ayant des domaines ou pratiques culturelles communes. Mais surtout, elle cherche à nous transmettre des émotions. Le cinéma, la musique, la peinture, l’art dans sa généralité nous évoque un lien affectif et toutes ces composantes contribuent à faire de l’être humain, un être cultivé. Au XXe siècle, une personne cultivée tenait à sa maîtrise et à son savoir des lettres. De nos jours, la culture prend plusieurs aspects. Il s’agit de maîtriser un sujet culturel, et de faire preuve de qualités de jugement et de raisonnement. L’être cultivé se dégage des savants et d’une vision académique. Il cherche à garder une part de discernement pour avoir connaissance du monde qui l’entoure.

Reste à savoir que faire de cet espace et pour quelle raison la culture se manifeste dans une telle variété de phénomènes sociaux. L’erreur serait de l’analyser en tant qu’objet, alors qu’elle possède toutes les caractéristiques pour être considérée comme un phénomène vivant. Tantôt implicite, tantôt explicite, partagée ou fragmentée, la culture dans la société change de forme. Elle peut s’affirmer comme étant la culture d’une société ou d’un groupe. Parfois, elle est une tradition établie. Lorsqu’elle est novatrice et qu’elle a pour rôle de changer des codes établis, elle peut être perçue comme étant un problème. Elle rend l’existence de n’importe quelle identité incontestable et fait partie intégrante de l’histoire.

Le terme « culture » a de nombreuses significations que nous avons tendance à élargir à tous les domaines de l’activité humaine : éducation, santé, industrie, sport et surtout dans la création artistique. Dans le cadre de ce travail, il est toutefois important de limiter l’usage de cette notion aux points culturels les plus présents dans notre corpus d’études.

Extrait du mémoire: “Comment le numérique redessine la culture populaire” 

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